De l’importance du « coming out » en milieu scolaire

De l’importance du « coming out » en milieu scolaireLorsqu’une personne LGBT (lesbienne, gai, bisexuel(le), transgenre) sort du placard, le geste posé en est un qui est fondamentalement personnel. Ce « coming out », comme on l’appelle parfois, qu’il soit avec sa famille ou ses collègues de travail, se fait généralement dans des circonstances où il nous est possible de le faire d’une part et où nous nous sentons à l’aise et en confiance pour le faire d’autre part. Cependant, il y a de ces milieux où le fait de divulguer son homosexualité devient plus difficile, voire pratiquement impossible. Il s’agit des domaines du sport et de l’éducation.

Je ne m’attarderai pas trop au milieu sportif quoique je m’en voudrais de passer sous silence le courage de David Testo au soccer, de Martina Navratilova au tennis, de Tom Daley au plongeon, ou de Michael Sam au football américain pour ne nommer que ces athlètes. Mais bien qu’ils représentent des modèles positifs pour les jeunes, les véritables héros sont pour moi les enseignantes et enseignants qui s’affichent à l’école comme personnes LGBT, en étant ce qu’ils sont de par leur enseignement parfois ennuyeux mais souvent extraordinaire et de par leur vie quotidienne parfois ennuyeuse mais souvent tout aussi extraordinaire !

Pour une enseignante ou un enseignant en milieu scolaire, la réussite de son « coming out » repose essentiellement sur l’acceptation sociale de l’environnement et de la société dans lesquels il évolue. Bien qu’illégitime et non fondée, cette affabulation sournoise que l’homosexualité soit associée à la pédophilie demeure bien ancrée dans la tête du personnel de l’éducation, en particulier chez les enseignants masculins du niveau primaire. Et pour cause ! Entretenue par la droite conservatrice et les homophobes issus de toutes les religions du monde, cette calomnie aura fait reculer plus d’un enseignant sur la question.

Pendant ce temps, les jeunes LGBT souffrent en silence dans nos écoles et plus que jamais à la maison, les réseaux sociaux rendant possible la poursuite de l’intimidation homophobe à l’extérieur des murs de l’école. Les études de Michel Dorais, de l’organisme GRIS-Montréal et de la Chaire de recherche sur l’homophobie de l’UQAM le confirme : l’homophobie fait des ravages dans les écoles du Québec. Dans ce contexte, toutes les enseignantes et tous les enseignants LGBT se sont déjà posés cette question des plus légitimes : « Le dire ou ne pas le dire ? ».

En 2006, un jeune a tenté de mettre fin à ces jours dans l’école secondaire où j’enseignais parce qu’il était la cible constante de railleries, d’insultes et d’agressions homophobes. Sa tentative de suicide a échoué fort heureusement, et après une longue absence de plusieurs semaines, le jeune en question est revenu à l’école faire ses examens de fin d’année. C’est à ce moment que j’ai pris la décision irréversible de dévoiler mon homosexualité à mes élèves. Épris d’un élan messianique, je me suis promis alors que tant que je serai à l’intérieur d’une école, ce genre de chose ne surviendrait plus jamais. Cette décision, je l’ai prise sur un coup de tête. J’avais bien sûr tenter de mesurer les conséquences positives et négatives de mon geste mais le sort en était jeté. Je m’y étais lancé et il ne m’était désormais plus possible de retourner en arrière.

Huit ans plus tard, avec l’aide de deux collègues « alliées » extraordinaire, je suis aujourd’hui responsable du Comité diversité et identité de mon école secondaire. Pas moins de quatorze jeunes de deuxième à la quatrième secondaire participent activement à la mise en place d’un plan d’action ambitieux échelonné sur deux ans ayant pour but de promouvoir des valeurs de respect à l’égard de la diversité sexuelle et de l’identité de genre à l’intérieur de l’école. Cette semaine, ces jeunes ont tenu un kiosque en face de la cafétéria invitant les quelques 1500 élèves de l’école sur l’heure du midi à signer une immense banderole sur laquelle est inscrit : « Non à l’homophobie, oui à la diversité ! ». Prétendre que mon « coming out » huit ans plus tôt a été à l’origine de toute cette démonstration revêtirait plus de l’imposture que d’autre chose. Néanmoins, je me permets de croire de temps à autre que mon « coming out » m’a permis de contribuer, en y déposant une pierre de plus, à la construction des fondations d’une école un peu plus respectueuse de sa diversité sexuelle et de genre, un peu plus ouverte aux différences.

Le jeu en valait-il la chandelle ? Permettez-moi de vous répondre à vous décrivant l’image d’une scène dont je fus témoin cette semaine et qui restera à jamais gravée dans ma mémoire : des jeunes, des filles et des garçons, des lesbiennes, des gais et des hétéros, invitant d’autres jeunes à signer « leur » banderole, offrant à d’autres jeunes des bracelets aux couleurs de la fierté, dansant, chantant et riant sur de la musique de Macklemore et de Lady Gaga en présence de plein d’autres jeunes incrédules de voir autant de jeunes s’impliquer et lutter contre l’homophobie sur des airs de fête ! Pendant ces trois midis, j’ai vu des jeunes heureux, libres enfin d’être ce qu’ils sont vraiment, confiant de s’afficher dans l’école et de sourire à pleines dents ! J’ai vu les homophobes de l’école se sentir, peut-être pour la première fois, petits et minoritaires et se taire devant cette démonstration de joie et de bonheur. J’ai vu des jeunes fiers d’arborer les couleurs de l’arc-en-ciel. J’ai vu, enfin, le temps d’un dîner, l’amour et le respect triompher sur la haine et l’ignorance.

par Maxime de Blois
Enseignant en Univers social à la Commission scolaire des Affluents
Membre du Comité pour la diversité sexuelle et l’identité de genre (CSQ)