Devenir transsexuel, c’est réécrire sa vie

Devenir transsexuel, c'est réécrire sa vieLe Québec a connu certaines avancées dans la reconnaissance et la défense des droits des gais et lesbiennes. Toutefois, la question des transgenres et des transsexuels est encore tabou. Les personnes trans sont d’ailleurs parmi les plus marginalisées de la société et elles font souvent l’objet de beaucoup d’incompréhension et de discrimination. Nouvelles CSQ a rencontré Benoît Boisvert, président de l’organisme AlterHéros, pour lever ce tabou.

Depuis sa tendre enfance, Benoît Boisvert se considérait comme un garçon pris dans un corps de fille. C’est au début de la quarantaine qu’il a décidé d’amorcer les démarches pour changer d’identité sexuelle, afin d’arrêter de jouer un jeu et de devenir enfin lui-même.

Il a alors fait appel à AlterHéros1, un organisme à but non lucratif qui vise à assurer l’épanouissement de tous les individus par rapport à leur orientation sexuelle, leur identité de genre et leur sexualité. Dans son site Web, connu internationalement, on trouve, notamment, un réseau social pour la diversité sexuelle ainsi que la section Parles-en aux experts, qui permet aux internautes de poser des questions à divers spécialistes, comme des médecins et des sexologues. L’organisme accompagne aussi des jeunes trans dans leur cheminement.

Une démarche difficile

S’échelonnant sur plusieurs années, la démarche de changement de sexe est très souvent parsemée d’embûches. La majorité des personnes trans qu’il a rencontrées ont perdu leur emploi ou elles
ont subi un congédiement déguisé, résultat de l’incompréhension ou de la peur de l’inconnu. D’autres ont vécu ou vivent de la discrimination, ou la violence verbale ou psychologique.

Selon Benoît Boisvert, plus on avance dans la hiérarchie sociale, plus la discrimination est insidieuse, moins directe que dans les milieux ouvriers, par exemple. On a tendance à vouloir isoler les personnes trans, on a des attitudes et des regards méprisants.

« Devenir transsexuel, c’est : hier, j’avais une vie, aujourd’hui, j’ai une page blanche sur laquelle je dois réécrire ma vie. Sur cette page va s’inscrire uniquement ce que les gens et la société vont accepter que j’y écrive », explique-t-il.

L’école et la question des transgenres

Pour avoir travaillé longtemps dans le secteur de l’éducation, à la fois comme enseignant, comme conseiller pédagogique et au sein du ministère de l’Éducation, il est conscient des défis particuliers qui se posent dans le milieu scolaire. Il y a de plus en plus d’enfants transgenres dans les écoles, même au primaire.

Selon son expérience, quand on explique aux enfants pourquoi une personne a fait ce choix, ils comprennent très vite et n’ont pas de préjugés. Ce sont souvent eux qui sensibilisent leurs parents à la différence.

Quelques pas dans la bonne direction

Même s’il reste encore beaucoup d’éducation et de sensibilisation à faire, on doit tout de même souligner quelques avancées. Certaines commissions scolaires parlent désormais du « parent » plutôt que de la mère ou du père.

Par ailleurs, l’identité de genre est désormais absente du DSM-V2. La transidentité n’est donc plus une maladie. Si la personne vit bien sa situation, elle n’a aucun trouble mental. Toutefois, elle peut souffrir de sa condition transidentitaire.

« Les êtres humains sont tous pareils à l’intérieur : ils ont un cœur, une intelligence, etc. Le reste, c’est de l’accessoire, du paraître. L’habit fait le moine, et c’est de là que viennent les préjugés », conclut-il.

 

1Pour en savoir plus, visitez alterheros.com.

2Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) de l’Association américaine de psychiatrie, paru en 2013.